2 élus d’opposition Vert ! La Commune et liste municipaliste libertaire élue dans le Finistère
Le deuxième tour des élections municipales s’est achevé dimanche 22 mars au soir. Après des mois de campagne intense, un bilan s’impose. Vert ! La Commune, le parti membre de la confédération de l’Offensive, présentait des candidat•es sur des listes d’union avec la France Insoumise à Lille, Hellemmes, Lomme, Tourcoing, Fâches-Thumesnil et Villeurbanne. Nous avons également présenté 2 listes intégralement municipalistes libertaires : Haubourdin Alternative Citoyenne, co-animée par des camarades de l’Offensive et non-affiliés, et Berrien en Commun, animée par le groupe local de l’Offensive des Monts d’Arrée en Bretagne. Nous nous sommes pleinement investi•es dans ces différentes campagnes et avons profité de ces occasions pour défendre nos programmes afin de reprendre la main sur notre quotidien communal, acquérir un maximum de leviers d’action et mener une écologie de lutte des classes.
Rédaction collective d’un programme à Lille puis union
Dans la métropole lilloise, deux camarades ont été élus pour Vert ! La Commune : Victor Aïtouche à Lille et Emmanuel Marécaille à Haubourdin, tous les deux dans l’opposition. Pour un parti fondé il y a quelques mois et une confédération créée il y a quelques années, c’est une réussite à bien des égards. Dans ces deux villes, l’accès aux différents dossiers portés aux conseils municipaux est désormais possible. Cela nous permettra de faire valoir nos perspectives communalistes et de lutter pour arracher chaque parcelle de pouvoir à la bourgeoisie.
À Lille, la première partie de la campagne a consisté en la rédaction collective d’un programme à partir d’ateliers thématiques menés aux côtés d’habitant•es. Cela nous a permis, militant•es ou non, de nous former sur les sujets sur lesquels la commune a la main grâce à l’expérience des personnes qui sont intervenues. Nous tenons à les remercier. Cela nous a également permis d’écrire un programme qui contient des propositions fortes dans une perspective communaliste de dépassement à terme des institutions communales existantes pour une gestion véritablement démocratique de la ville par et pour nous, ses habitant•es. Les mesures proposées dans ce programme ont largement été reprises dans le programme de l’Union Populaire que nous avons construit avec La France Insoumise et l’Union pour la Reconstruction Communiste depuis novembre.
La liste de cette Union Populaire dans laquelle nos militant-es étaient candidat•es pour Lille et portée par Lahouaria Addouche a déjoué tous les pronostics dans les urnes. Les 10 élu-es qui siégeront dorénavant dans l’opposition sont en mesure d’instaurer un rapport de force non négligeable avec la majorité.
Sans surprise, l’alliance des barons et des traîtres
Cependant, sans grande surprise, le front bourgeois a fonctionné. L’alliance des barons « socialistes » avec plusieurs cadres « écologistes » et de Génération.s, contre l’avis de la plupart de leurs militant•es qui se sont désolidarisé•es, marque la fin de leur opposition de façade. Une rapide analyse des résultats des deux tours de l’élection montre que cette alliance a été élue en bonne partie grâce au report des voix des macronistes, du RN et de LR. Cette union a finalement pour seul mérite de clarifier qui s’oppose et qui retourne à la soupe libérale dès que l’occasion se présente.
Difficile de ne pas faire le lien avec l’intercommunale RN qui s’est formée ce dimanche de second tour dans le bassin minier du Pas-de-Calais : ces villes sont toutes d’anciens bastions PS/PCF, dont certains maires se sont illustrés par leurs magouilles en leur temps. Ce sont les mêmes qui sont repassés à Lille, malgré leurs discours moraux sur l’extrême droite. Le maire RN d’Hénin-Beaumont a par exemple été réélu à 78%, alors que Marine Tondelier, toujours prompte à donner des leçons d’efficacité, y est élue d’opposition avec de faibles résultats aux dernières élections. Cela voudrait-il dire que pousser les militant•es antifascistes sous le bus, ne penser qu’en slogans et s’allier à ceux qui détruisent méthodiquement chaque acquis social ne ferait que donner de la force à l’extrême droite ? Étonnant. Aux militant•es d’une écologie sincère qui se sont senti•es trahi•es dans l’entre-deux-tours à Lille, nous adressons un appel : rejoignez-nous. À l’Offensive, nous pratiquons une démocratie directe réelle : une personne = une voix – les votes ne sont pas « consultatifs ». Nous saluons les organisations camarades telles que les Soulèvements de la Terre, la Brique ou la Brigade du Respect qui ont fini par appeler à voter pour notre liste d’Union Populaire.
Maintenant que le PS local a renoué avec son rayon jardinage, à nous de renforcer une vraie alternative démocratique réellement écologique. Nos élus ne seront pas des figurants de la démocratie de papier, mais nos chevaux de Troie des luttes sociales au cœur du Beffroi. Malgré nos pouvoirs institutionnels certes limités, nous constituerons un centre de ressources pour les luttes : chaque dossier opaque sera rendu public, chaque renoncement sera affiché. Avec un pied dans la mairie, nous serons un grain de sable dans l’engrenage de la gestion technocratique et du mépris social.
Dans un certain nombre de villes de la métropole lilloise et malgré l’énergie investie, les listes d’union n’ont pas toujours suffi à sortir la droite réactionnaire, comme à Tourcoing où entrent malgré cela 6 conseillers LFI, ou à l’empêcher de prendre la mairie. Nous pensons en particulier à Fâches-Thumesnil, où un de nos militants était candidat et particulièrement investi. La campagne y a été marquée entre autres par l’attaque d’un meeting insoumis par des néofascistes, des domiciles de candidat•es marqués à la peinture, des entraves en préfecture ou encore un tract pour régler ses comptes avec le maire sortant par une partie de la “gauche” locale.
Saluons enfin la victoire historique de nos camarades de Berrien en Commun (29). Leur élection valide la pertinence du projet communaliste. En plaçant les assemblées locales de village au cœur de la décision politique, iels prouvent que le pouvoir peut et doit être exercé directement par les habitant•es. Cette victoire dans le Finistère n’est pas un épiphénomène mais le signal que l’auto-organisation populaire est une alternative concrète à la gestion technocratique des communes.
Limites des élections, nécessité du double pouvoir
L’heure n’est en tout cas pas au triomphalisme : ces résultats ne sont qu’une étape, et nous appellent à poursuivre nos efforts. Loin de nous décourager, ils imposent un retour nécessaire à nos fondamentaux : la stratégie du double-pouvoir. Investissons les lieux amis, fouillons les dossiers grâce aux élu•es d’opposition, tissons des mailles de solidarité par tous les moyens, créons du rapport de force. Gardons en tête qu’avec un taux d’abstention très élevé, les municipales, comme toute autre élection dans sa forme actuelle, montrent les limites évidentes de la “démocratie représentative”.
Présenter des candidats aux élections municipales fait partie de notre stratégie, mais notre priorité reste bien de structurer des contre-pouvoirs locaux, autonomes et combatifs. Nous devons être capables d’agir hors des institutions quand celles-ci nous sont confisquées et s’en servir lorsque c’est possible. C’est pourquoi nous devons investir et fonder des structures autogérées dans tous les pans de notre vie quotidienne (coopératives, épicerie solidaire, clubs de sport, associations de solidarité en tous genres…), structurer des réseaux de sécurité sociale (à commencer par l’alimentation), tisser des liens avec nos camarades à l’international pour faire vivre l’internationalisme dans un modèle confédéral, nous autodéfendre contre l’extrême-droite et la police, organiser des conférences et des événements pour donner corps à notre vision politique.
Enfin, nous ferons tâche d’huile jusqu’à supplanter les institutions étatiques anti-démocratiques. Nous pourrons nous appuyer sur nos élus comme des leviers d’investigation et de blocage, tout en continuant à bâtir, hors des institutions, les assemblées et les réseaux de solidarité qui rendront la bourgeoisie obsolète. Le combat ne se déplace pas : il continue là où il a toujours été, sur le terrain. Nos mandats ne sont que des outils supplémentaires pour amplifier l’auto-organisation populaire.
Notre tâche est immense mais vitale : mettre fin au système de domination et d’aliénation qu’est le capitalisme et enrayer l’écocide en cours. Aucune élection ne suffira ! Alors, sur tous les plans : ne lâchons rien et poursuivons l’Offensive !














