Le double pouvoir pour briser l’hégémonie de la peur

Entre les impérialismes décomplexés et l’autoritarisme d’un État français désavoué, le mois de janvier annonce la couleur. Des crimes policiers en France et outre Atlantique, aux assauts sur le Rojava, de la répression sanglante en Iran, au génocide du peuple palestinien qui continue dans la plus grande indifférence, le système ne tient plus que par la force brute et le mépris du droit. Face à cette barbarie qui s’installe partout, un seul enjeu : briser la centralisation, dissoudre la police et bâtir dès maintenant le double pouvoir au cœur de nos communes.
Pillage international
À l’échelle mondiale, l’impérialisme est à nouveau assumé pleinement comme norme de gestion, sans vernis faussement démocratique, et Trump inaugure 2026 comme une ère de la prédation. La capture du président du vénezuélien Maduro applaudie par la plupart des puissances occidentales pour s’accaparer les ressources énergétiques du pays, couplée à ses délires expansionnistes sur le Groenland , suffisent à montrer que l’impérialisme n’essaie même plus de se teindre du vernis de la “démocratie”. Son « Conseil de Paix » n’est qu’une parodie cynique, un laboratoire d’autocrates cherchant à se partager les restes d’une planète en rupture comme les États-Unis l’ont toujours fait.
Ce pillage généralisé s’inscrit dans une ambiance d’urgence climatique absolue que ces puissances choisissent d’ignorer ou d’accélérer pour des bénéfices. Alors que 2025 s’est achevée sur des records de chaleur terrifiante et que le Groenland fond à vue d’œil. Face à ces politiques impérialistes, l’autonomie et le confédéralisme ne sont plus seulement des choix politiques, mais des stratégies de survie écologique.
Face à cela, Macron et l’Europe ne nous surprennent pas. Malmené sur la scène internationale et incapable d’exister, Macron compense son impuissance par l’autoritarisme. Cette faiblesse des États-nations les rend d’autant plus dangereux, elles frappent partout où l’autonomie émerge. En Iran, le régime théocratique tente de noyer dans le sang la résistance populaire tandis qu’au Rojava , les bombardements turcs et les attaques militaires des milices islamistes du régime syrien visent à rayer de la carte la seule alternative concrète au système capitaliste qu’incarne l’Administration Autonome du Nord-Est de la Syrie (AANES), qui organise la vie, l’écologie et l’autodéfense sans classe dirigeante.
Nous contre eux
Le fascisme ne se contente pas des bureaux ministériels, pour infuser il descend dans la rue. Comme l’a démontré l’attaque lâche du Centre Culturel Libertaire (CCL), lieu de lutte et d’émancipation historique à Lille par des néo-nazis lors d’un concert le 15 janvier dernier ou encore les tags récents de croix celtiques sur le “J’en suis j’y reste”, le centre multi-associatifs LGBTQIA+ de Lille. Ces groupes, nous le savons, sont les bouche-trous de la police.Par ces assauts, ils testent la résistance des réseaux autonomes. Mais là où l’État et les fascistes oppriment, nous savons nous défendre. Aux USA, face à la sauvagerie et aux multiples meurtres de l’ ICE, des réseaux d’oppositions se structurent. Les “villes jumelles”, Minneapolis et Saint-Paul dans le Minnesota sont devenues le laboratoire de l’autodéfense populaire organisées pour protéger leurs membres, loger les sans-papiers et bloquer physiquement les expulsions. Ils mettent en pratique le “double pouvoir”, l’idée qu’on ne se contente pas de protester contre la mairie ou la police, mais qu’on construit des institutions parallèles (assemblées de quartier, coopératives) qui finissent par rendre l’État obsolète.
Racisme d’état
En France, El Hacen Diarra , mort en garde à vue à la suite d’une intervention policière dans le 20e arrondissement de Paris, vient s’ajouter à la longue et sinistre liste des morts dans les quartiers populaires. Cette violence d’État continue de s’institutionnaliser de manière alarmante en ce début d’année. La proposition de loi sur la « présomption de légitime défense » pour les policiers portée par tout le spectre de la droite à l’extrême droite est, dans les faits, un nouveau permis d’exécuter hors cadre judiciaire. Comment ne pouvons-nous pas faire de parallèle avec les USA ? Cette dérive est synchronisée avec l’échéance des municipales de mars 2026. Dès février, le gouvernement s’apprête à voter un texte visant à élargir les compétences judiciaires des policiers municipaux. C’est la mise en place d’une occupation de proximité, visant à étouffer toute contestation avant même qu’elle ne puisse se structurer.
L’usage du 49.3 par Lecornu brise une fois de plus l’illusion démocratique. Le budget est imposé par la force, le parlement ne sert plus à rien, c’est une salle d’attente où l’on valide le pillage des caisses publiques pour le réarmement militaire avec la complicité du parti socialiste. Ces idiots utiles nous font même croire à une primaire de la gauche donnant l’illusion d’une alternative de “gauche” crédible pour les élections 2027.
La déferlante islamophobe enregistrée en ce début d’année s’inscrit d’ailleurs précisément dans une mécanique où la violence physique et symbolique sert de carburant au terrain électoral pour 2027. Dès les premiers jours de janvier, le lynchage numérique du premier nouveau-né de l’année a donné le ton, transformant un événement civil en un exutoire de haine raciale. Loin d’être des faits isolés, ils sont même encouragés au plus haut sommet de l’État. Le débat parlementaire du 22 janvier, organisé par l’extrême droite visant à inscrire les Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes, démontre la tendance à agiter une nouvelle fois le spectre de «l’entrisme» pour chaque pratique visible de la religion musulmane. Le corps des femmes voilées se retrouve ainsi en première ligne, subissant près des trois quarts des agressions documentées ce mois-ci. Elles sont les cibles d’un pouvoir incapable de répondre à l’urgence sociale et économique, instrumentalisant la visibilité religieuse pour restaurer une forme d’autorité morale factice et faire trôner sa doctrine sécuritaire.
Les lois fraîchement votées, et celles à venir, ne présagent pas d’un avenir optimiste et respirable : coupes budgétaires aggravant davantage encore la précarité, contrôle de l’identité généralisé, sous couvert de la protection de la jeunesse, limitations, voire suppression des aides pour les étudiants étrangers.
Face à cela, l’autonomie des quartiers et la solidarité intercommunautaire ne sont plus des options, mais les seules alternatives capables de briser cette hégémonie de la peur.
Bâtir la commune, achever le vieux monde
Transformons les élections municipales de 2026 en un levier de rupture pour briser la centralisation, désarmer la répression et en finir avec la mascarade de la représentation.
Donnons tout le pouvoir aux assemblées de quartier, les décisions politiques doivent revenir là où la vie se déroule : dans nos quartiers, nos rues, nos communes. Chaque mairie conquise par des listes radicales doit devenir une zone libérée de la tutelle de l’État où le budget et les lois sont décidées par des assemblées populaires souveraines.
La police est une force extérieure et hostile dont la mission est de protéger le capital, pas les citoyens. Une communauté qui ne s’auto-défend pas est une communauté condamnée. Proposons une force de sécurité, formée et contrôlée directement par les assemblées de quartier, sans hiérarchie permanente. Coupons les vivres au réarmement policier pour financer notre propre sécurité collective, solidaire et humaine.
Enfin pour en finir avec le PS et les partis institutionnels, en 2026 nous n’irons pas aux urnes pour déléguer, mais pour occuper un outil institutionnel au service de la base. Les listes que nous soutenons doivent être des mandataires révocables, au service exclusif des décisions des assemblées.
Dès aujourd’hui, organisons le double pouvoir : la rue, les assemblées et les urnes pour commencer à achever leur vieux monde. Face à leurs frontières et leurs guerres, opposons notre confédéralisme.



