Zapatiser l’IA, briser le patriarcat : communiqué commun de l’Offensive et de Vert! La Commune pour le 1er mai 2026

Les dégâts du travail sur les ouvriers et les ouvrières du Nord-Pas-de-Calais au fond des mines de charbon, ce n’est pas encore du passé grâce à la silicose. Les effets dévastateurs du travail ne se bornent pas à nos frontières, ils s’exportent. Nos mines sont fermées, ici c’est l’usure psychique qui explose, mais à l’international le sang dans les mines de cobalt continue de couler. Cette brutalité est la signature du néolibéralisme contemporain.

Revenons-en ici. Rappelons à chacun et chacune que le Contrat Première Embauche a été porté par Dominique de Villepin il y a 20 ans, et abandonné grâce à une mobilisation sociale massive. Le CPE, c’est la rupture de contrat sans motif, banalisée pour les moins de 26 ans. Dominique de Villepin, aujourd’hui, est érigé en allié, tandis que son ADN politique reste celui du CPE et de la précarité banalisée. Après lui, Sarkozy qui a allongé de deux ans la retraite qui nous était conquise à 60 ans, Hollande et la loi El Khomri, puis Macron qui l’a repoussée à 64. De la droite au PS jusqu’à l’extrême centre c’est : travailler plus pour que les capitalistes gagnent plus, le couteau de la pression managériale et de la porte de sortie sous la gorge. Qu’il soit de droite, du PS ou de l’extrême centre, ce personnel politique n’a qu’un but : transformer le code du travail en catalogue pour la direction. C’est aujourd’hui ça la France à Macron, le terminus de vingt ans de saccage néolibéral pavé par ses aînés.

Et qui sont les premiers et les premières impacté-es par le déploiement de ces politiques ? Les jeunes et les femmes.

La jeunesse est devenue la variable d’ajustement de stock réclamée par le Medef. Alors que le législateur l’interdit, les ados commencent le travail à 14 ans en auto-entrepreneurs dans la grande machine à ubérisation de la livraison de nourriture à domicile. Les enquêtes d’Envoyé Spécial et de StreetPress l’ont prouvé : le système des plateformes a recréé, par son absence volontaire de contrôle, un véritable marché noir, une nouvelle forme de traite des êtres humains. On y voit des lycéens louer des comptes sur les réseaux sociaux pour pédaler le soir après les cours, et des travailleurs sans-papiers rackettés de la moitié de leur recette par des « loueurs » de comptes. Ce n’est ni un parcours normal pour les ados, ni un accident de parcours isolé, c’est le résultat logique d’un business model qui boude le salariat et le paiement des cotisations.

Maintenant, parlons des femmes. Nos carrières sont bien souvent hachées : maternités, temps partiel subi, soins aux proches. Les règles qui encadrent les 35 h ont été brisées, le travail dominical pour une rémunération au lance-pierre est devenu la norme. Les contrats dans le secteur top pénibilité du nettoyage usent les épaules et les dos des travailleuses à 50 ans au mieux. L’imprévisibilité des horaires rend la garde d’enfants impossible et coûteuse. C’est une attaque directe contre les mères isolées, les caissières, les vendeuses, forcées de choisir entre le gagne-pain et le temps passé avec les enfants, nés pour réarmer le pays. Avec le recul de l’âge de la retraite à 64 ans, la violence est totale : les femmes sont condamnées à travailler jusqu’à l’épuisement plutôt que de refuser de mourir dans la pauvreté des pensions misérables. Le travail a été pensé par des hommes, pour des hommes. On a mesuré les risques des chantiers et des mines, mais on a fermé l’oeil sur les risques des métiers féminisés. Résultat ? Les outils sont trop grands, les cadences ignorent nos cycles, et les normes de sécurité traitent nos corps comme une anomalie alors que nous sommes la moitié de la force de travail. Nous ne voulons plus d’une science borgne dont les méthodes sont sexistes. Nous exigeons une organisation du travail qui respecte nos corps et qui reconnaisse enfin que la santé des femmes n’est pas un traitement de faveur. La lutte pour les droits des travailleurs est indissociable du combat féministe : il n’y aura pas d’émancipation tant que le patronat pourra disposer du temps des femmes comme d’une marchandise flexible et bon marché.

Nous devons libérer le travail de la prison de l’emploi. Le travail, c’est la capacité de chacun et chacune d’entre nous à produire de la valeur pour la collectivité. Que penser des activités domestiques allant du nettoyage à la cuisine, aux tâches administratives jusqu’à l’éducation des enfants, ça ne serait pas du travail ?

Nous assistons aujourd’hui à une attaque idéologique d’autant plus dangereuse qu’elle se pare de jolies robes à fleurs et de tartes aux pommes faites maison. Sur nos écrans, les tradwives nous vendent le retour à la « femme au foyer » comme une libération, un cocon de douceur face à la dureté du monde. Mais ce prétendu choix de vie, c’est un poison politique. Ces influenceuses hypocrites prônent la dépendance totale au mari, l’abandon du salaire et la soumission domestique, alors qu’elles-mêmes sont de redoutables cheffes d’entreprise. Elles brassent des milliers d’euros grâce à leurs vues et leurs contrats publicitaires, se construisant une indépendance financière solide sur le dos de femmes qu’elles encouragent, elles, à se désarmer économiquement. Elles marchandisent la servitude des autres pour leur propre émancipation capitaliste. Aucune sororité n’est à attendre d’elles, pire encore, elles nous mettent en danger de mort. Alors qu’on ne se remet toujours pas de l’affaire Pelicot, comment peut-on encore prôner la confiance aveugle et la soumission au « bon père de famille » ? Gisèle Pelicot a été livrée à la barbarie par celui qu’elle aimait, dans l’intimité d’un foyer que les tradwives prétendent protecteur. La BBC l’a révélé dans ses enquêtes sur les réseaux criminels de « femmes endormies » : le domicile n’est pas un refuge, il est trop souvent le lieu du crime. Ce discours de la « femme soumise » est le terreau de la violence masculiniste. En Amérique latine, c’est l’explosion des attaques au couteau et des féminicides perpétrés par des hommes qui considèrent que si une femme ne se plie pas au modèle de la servante écarlate, elle mérite la mort. Face aux couteaux des masculinistes et au cynisme des influenceuses, une seule réponse : la solidarité féministe et l’indépendance de classe. Le patriarcat ne se négocie pas, il se combat.

Nous ne voulons plus que la finalité de notre travail soit dictée par les uns au détriment des autres. Combattons le salariat par le modèle coopératif qui vise chacun et chacune à prendre part aux décisions de l’entreprise. Pas de patron souverain, la boîte appartient à tout le monde puisque nous sommes tous et toutes concerné-es. Cette réappropriation de notre travail est indissociable de la question écologique. La transition écologique nécessite une délibération collective sur ce que nous produisons et comment nous le faisons, et le législateur doit se prononcer pour sanctionner tout ce qui empêche d’y parvenir. La coopérative ne suffira pas comme unité de base d’une planification écologique. Travailler ne doit plus être une guerre contre la nature, mais une manière de l’habiter durablement. C’est ici que l’écologie sociale rejoint le combat pour la dignité : on ne peut être fier-e de son métier si celui-ci détruit notre environnement sous son passage.

Pourtant, cette libération se heurte souvent à une méfiance envers la technique. Regardez l’Intelligence Artificielle : une partie de la gauche radicale la rejette comme une création purement capitaliste et un désastre écologique. C’est oublier la leçon de l’EZLN au Chiapas. En 1994, les Zapatistes n’ont pas reculé devant l’usage d’internet sous prétexte qu’il s’agissait d’une invention financée par le Pentagone. Ils ont compris que la technologie n’est pas une fatalité, c’est un champ de bataille. Alors qu’ils étaient encerclés par l’armée mexicaine dans les montagnes, ils ont utilisé les réseaux militaires décentralisés pour briser le blocus médiatique. Un message écrit à la machine sous la canopée devenait, via une chaîne humaine de disquettes et de modems, un cri de ralliement mondial à Paris ou Tokyo en quelques heures.

Aujourd’hui, l’Intelligence Artificielle est notre nouvelle frontière. Si nous la laissons aux mains des technofascistes américains, elle sera un outil de surveillance et d’automatisation de l’exploitation. Mais si nous suivons l’exemple zapatiste, nous devons l’accaparer. Ne soyons pas des puristes technologiques qui se condamnent à l’impuissance tandis qu’en face, les capitalistes n’ont aucun scrupule pour l’utiliser. L’outil n’est pas l’idéologie. Puisque l’IA existe et que les data centers sont déjà construits, utilisons-les pour traduire nos luttes dans toutes les langues, pour optimiser nos logistiques communales, pour cartographier les abus du pouvoir et pour briser le monopole de l’information dominante. L’IA doit être le levier qui multiplie notre force de frappe. La technologie la plus pointue comme outil de notre victoire.

Il est temps de zapatiser l’IA : ne la fuyons pas, passons à l’offensive pour la retourner contre ses créateurs, et en finir avec l’ère du néo-libéralisme, marchepied du fascisme et de l’impérialisme.

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